Innover à tout prix : tel est le refrain lancinant qui irrigue nos mails, nos discussions, nos projets… l’innovation n’est plus uniquement technologique, elle devient sociale.
Petit tour d’horizon au regard de l’expérience montréalaise de décembre 2015 sur ce qui se cache derrière l’impérieuse nécessité d’entrer dans la famille des innovateurs. 

 

Considérons que l’innovation en tant que processus permanent qui tend à l’amélioration des conditions et structures existantes. L’innovation sociale devient alors une démarche propre à élaborer des conditions plus efficaces du vivre ensemble, en répondant à un nouveau besoin ou en le clarifiant, en le faisant émerger, en apportant une réponse technique, technologique, organisationnelle, collaborative, pédagogique, éducative, environnementale…

“La seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien” (Socrate)

L’innovation s’accompagne d’un état d’esprit et de postures intellectuelles indispensables : créativité, expérimentation, droit à l’erreur et amélioration continue, disruptivité, accompagnement et gestion du risque, souplesse. Y. Hariri dans une brève histoire de l’humanité loue même l’esprit des ignorants comme condition nécessaire à la découverte de nouveaux possibles.

L’innovation bouscule forcément les acquis et les certitudes, dans le sens où elle réinterroge les fonctionnements, les manières de voir et de faire. Ce qui était hier une certitude, une donnée intangible, vacille, est questionnée, puis repensée. Mais attention l’innovation n’est nullement l’ennemi de ce qui est ou a été : il nous faut veiller à se prémunir intellectuellement contre ce raccourci réducteur et binaire, qui clos la réflexion et l’action. Et renvoie à opposer les garants autoproclamés de l’innovation à aux défenseurs de l’immuable, de « ce qui a toujours été ». Il ne s’agit évidemment pas de faire table rase du passé, mais plus exactement de comprendre ce passé, d’améliorer l’existant en s’adaptant aux nouveaux usages. Et de retrouver la confiance.

En France, ces derniers mois, l’innovation sociale est devenu le nouvel eldorado, les terres vierges à défricher pour se faire une place dans ce nouveau monde dont on perçoit de plus en plus nettement les contours (lire le billet sur les nouvelles formes de l’économie). A tel point qu’on oublierait presque que l’innovation sociale n’est pas l’apanage d’une personne ou d’une organisation mais relève véritablement d’un esprit de corps : nulle innovation possible si la réceptivité aux transformations et à l’inventivité des citoyens, des collaborateurs, des entrepreneurs, des décideurs, des financeurs ne sont pas à leur maximum. En d’autres termes, cela signifie qu’un territoire se dote d’une vision et de mécanismes qui encouragent les prises d’initiatives et réinterroge son fonctionnement. Innover c’est considérer que l’on peut imaginer d’autres façons de faire, plus adaptées à la réalité, aux évolutions récentes, aux transformations sociales. Concevoir de nouvelles approches, de nouveaux outils profitables à tous et qui répondent aux enjeux de nos sociétés (sociaux, environnementaux, économiques…).

Montréal ou l’antichambre de l’innovation sociale

Loin d’encenser une ville dont les caractéristiques, les contraintes et l’histoire sont dissemblables à la plupart de nos métropoles françaises en devenir, l’expérience montréalaise de l’équipe BUG nous a convaincus sur ce point : l’innovation sociale est un processus global, historique et politique, qui transpire à toutes les échelles de la ville, de l’institution à la vie de quartier. Et qui anime l’envie collective d’une société de se réinventer et de vivre intelligemment. Nous pouvons même parler de mode de vie.

Montréal et plus largement le Québec sont devenus au fil des ans une source intarissable de nouveaux projets  et d’innovations : rappelons que le concept des ressourceries qui nourrit encore les projets français d’économie sociale et solidaire a vu le jour outre-Atlantique il y a déjà plus de vingt ans ! Montréal s’est également construite autour d’une urbanité verte, où l’agriculture urbaine occupe une place prépondérante : ruelles vertes, jardins citoyens en plein milieu des rues, serres urbaines à but non lucratif, friches agricoles, fermes urbaines sur les toits, ruches… Aujourd’hui, 42% des montréalais pratiquent l’agriculture urbaine, soit 800 000 citoyens.

Les initiatives ne manquent pas, la liste des actions et nouveaux concepts est longue (lire les nombreux articles de BUG dans la rubrique «actualités »). C’est probablement ce qui confère à la ville ce vibrant esprit de vitalité et de cohésion. Et c’est assurément ce qui a conduit les pouvoirs publics à construire un quartier dédié à l’innovation sous toutes ses formes, sous le leadership des universités montréalaises. L’approche croise les dimensions sociale, citoyenne, culturelle, urbanistique, économique et industrielle au travers d’une optique de recherche et formation.

Devant ces nouveaux défis de l’innovation, passionnants et incontournables, notre association prend sa part et vous donne rendez-vous au cours de l’année 2016 pour un programme riche et dense : entre autres, la 2ème édition de Maison Mix les 27, 28 et 29 avril sur la Silver Economie, la formation des bénévoles, de nouvelles éditions AssoCamp, les nombreux ateliers du LabFab, l’accompagnement de projets à but non lucratif, prometteurs et porteurs de nouvelles façons de faire (My Human Kit, Les Petits Doudous, La Petite Rennes, MATHI… Et plein d’autres projets dont la matrice est l’intelligence collective, la confiance et le faire ensemble.